1.Research:  

Directing dance research for selected professional dancers with Dimitris Kraniotis
in Paris at Studio Philippe Genty.


2.Teaching:

Teaching - Ballet Preljocaj, Wuppertaler Tanztheater, Dance On Ensemble Berlin, M.F.A. Dance/Hollins University


3. Book Project:

Article about Jerome Andrews translated into french for the book, "La Danse Profonde, de la carcasse à l'extase",
conception Dimitris Kraniotis, published by the Centre National de la Danse, Paris in 2016


Jerome Andrews, une lumière rayonnante

par Christine Kono


Je n’ai pas eu le privilège de connaître personnellement Jerome Andrews mais, à travers trois expériences vécues ces dernières années, je crois avoir capté la tonalité essentielle de sa danse et de sa quête. D’abord grâce à l’enseignement de Dimitris Kraniotis avec lequel Jerome a travaillé assidûment de 1980 à la fin de sa vie ; ensuite par la lecture de son journal qu’il a tenu à partir de 1928 ; enfin à travers quelques films et vidéos des années 1980, où j’ai pu voir Jerome danser en studio et en spectacle. Grâce à ces expériences, il m’a semblé une évidence que Jerome avait consacré sa vie à la danse et que danser était sa vie.

Dans ses écrits, Jerome parle fréquemment, sous divers angles d’approche, de sa recherche concernant la source d’une vraie présence en mouvement. Pour atteindre cette qualité de présence, il avait  compris que le corps devait être totalement en  mouvement et  que  la  clé de cet éveil ne pouvait être que  « l’ouverture » de la colonne vertébrale. En effet,  l’ouverture de la colonne et la conscience de sa relation avec le reste du corps lui ont fait comprendre à quel point celui-ci est un instrument extraordinaire : véritable animal au service du danseur, en perpétuel changement, jamais deux fois le même. C’est pour cette raison, il me semble, que Jerome a moins porté son attention sur les  écoles de danse basées sur les formes, les gestes ou les pas. Au contraire, il n’a pas cessé de s’intéresser aux mystères du corps, explorant différentes pratiques corporelles, notamment orientales.
À l’opposé des grands pionniers de la danse moderne de sa génération, avec lesquels il a travaillé dès son premier séjour à New York en 1929, entre autres Martha Graham, Hanya Holm, Doris Humphrey, José Limón, Jerome s’est attaché à ne pas s’enfermer dans les systèmes d’écoles et à ne pas danser ou chorégraphier en s’appuyant seulement sur des formes préconçues. En dépit de ses connaissances approfondies du ballet classique, de toutes les techniques de danse moderne de son temps, de différentes danses ethniques ou de danse de caractère qu’il maîtrisait fort bien, la préoccupation principale de Jerome semble avoir été cet acheminement vers l’éveil de la colonne vertébrale et son élan vers l’espace en mouvement, ce qu’il appelait : the going line. Dans l’éveil de la colonne, Jerome a reconnu le chemin le plus direct, bien qu’exigeant, conduisant chaque danseur à découvrir sa propre danse. Tout comme Mary Wigman, qui fut à la fois son maître préféré et son amie proche, il s’intéressait particulièrement à la singularité de chaque danseur, à sa faculté d’être sincère avec lui-même et présent dans l’instant, en harmonie avec son imaginaire et sa sensibilité.

Dans les quelques vidéos qui m’ont permis d’observer Jerome, alors qu’il était âgé de plus de 70 ans, j’ai pu constater qu’il avait préservé la rare qualité de danser spontanément avec joie et intégrité. J’ai pu sentir son corps le guider dans le choix de chacun de ses mouvements, en résonance avec le sens présent à son imaginaire. C’est une chose merveilleuse de voir tous ses mouvements se fondre naturellement dans une large composition. Des mouvements justes, impulsés de l’intérieur du corps, en avant dans l’espace illimité. Jerome ne cherchait pas pendant qu’il bougeait. Il dansait. Dans tous les extraits où j’ai pu l’observer, seul ou avec des partenaires, il apparaît comme une lumière diffusant sa sensibilité, sa maîtrise, sa générosité, sa joie.

En tant que danseuse et enseignante avant tout de ballet classique mais aussi des techniques Graham, Limón, Laban, je pense que la « technique » de Jerome, telle que je l’ai connue à travers le travail de Dimitris Kraniotis, sensibilise et épanouit le corps dans son aventure de danse à un degré infiniment plus subtil et profond que toute autre technique que j’ai eu l’occasion d’explorer.
Aux connaissances acquises et développées en travaillant auprès de Joe et Clara Pilates au début des années 1940, Jerome a su, d’une  façon unique, incorporer sa vaste culture de danseur. Il a réussi à traduire chaque expérience vécue sur les « machines » Pilates, en mouvement vibrant, détendu et suspendu dans l’espace. La colonne vertébrale donne la direction au corps ! Le corps en constant déplacement dans l’espace, en suspension, guide la danse ! Émotions et idées s’accordent à cette expérience bouleversante.
Jerome avait bien compris que bouger sa carcasse par et à travers la colonne vertébrale - et non pas par et à travers des pas fixés et préconçus - exige une connaissance approfondie et une perception affiné de son propre corps, ainsi que beaucoup d’honnêteté et d’audace. Il avait également compris que si une danse évolue grâce à cette expérience, sa composition ne peut être que juste, authentique, laissant apparaître le vrai esprit de la danse, la joie de danser, ce que Jerome appréciait le plus et qu’il appelait :  the deep dance.
Cette expérience, Jerome n’a pas voulu la transmettre aux seuls professionnels de la danse, mais à tous ceux qui, au-delà de la sécurité que procure une gestuelle basée sur la contraction de l’axe et son maintien sur la ligne du fil à plomb, veulent bien risquer une aventure créatrice, poétique, au moment même de la danse. La poésie est « une fenêtre sur le chaos »1, une tentative de donner forme au chaos en l’ordonnant, une action « qui abolit l’assurance […] de notre vie quotidienne nous rappelant que nous vivons toujours au bord de l’abîme.»2 La  danse profonde  de Jerome est cette avancée au cœur de l’abîme, une exploration du labyrinthe de la liberté, le désir pour un jeu imprévisible avec l’inconnu.

1 Cornelius Castoriadis, « Fenêtre sur le chaos », Seuil 2007, Paris.

2 Cornelius Castoriadis, « Les carrefours du labyrinthe IV », Seuil 1996, Paris.